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Pagaille à Roissy : l'incroyable raté d'Aéroports de Paris

5 Jan 2011 08:29 | Transport

Le PDG d'ADP a minimisé la pénurie de glycol, alerté trop tardivement les compagnies, mais prévenu le ministère.


L'aéroport de Roissy se remet tout juste de l'immense pagaille de Noël. Les milliers de bagages en perdition ont retrouvé leur propriétaire et l'ensemble du programme de vol d'Air France a été remis sur pied. À la demande de Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre des Transports, une enquête a été confiée au Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) qui doit remettre son rapport lundi. Des cadres d'Aéroports de Paris (ADP), Air France et de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) ont déjà été auditionnés. Chacun cherche à minimiser son rôle dans ce naufrage collectif. Il commence le jeudi 23 décembre au matin. Alors que Roissy commence tout juste à se remettre des épisodes neigeux précédents (les 18, 19 et 20 décembre), la DGAC décide de faire annuler 20 des vols de la journée en prévision des chutes de neige annoncées. La situation est alors normale sur l'aéroport, mais «les taux de remplissage des avions sont tendus», selon la DGAC.

Marché tendu


La veille, Pierre Graff, le PDG d'ADP, a prévenu Nathalie Kosciusko-Morizet d'un risque de pénurie de glycol, le produit utilisé pour dégivrer les avions avant leur décollage. L'entreprise ne reçoit plus assez de produit pour résorber la baisse inexorable de ses stocks. Ses contrats lui garantissent pourtant un réapprovisionnement à hauteur de 88.000 litres par jour (de quoi dégivrer 180 avions) sous peine de lourdes pénalités. Les professionnels du secteur évoquent un marché tendu et une demande inédite de glycol. Il est également possible que ces derniers ne se soient pas précipités pour vendre du produit dans un contexte de spéculation. La hausse des cours ainsi que des prix fixés contractuellement en début d'année ont fait fondre comme neige au soleil les marges sur le glycol.

Dans la lettre adressée au ministre, dont Le Figaro s'est procuré une copie, le président d'ADP indique que la «très forte tension sur les stocks de glycol» est liée à plusieurs facteurs: «les très fortes demandes des dernières semaines ont asséché le circuit» et les stocks, «le secteur aérien n'est pas considéré comme stratégique par les producteurs» et «certaines usines ne produisent pas du fait de conflits sociaux». Pierre Graff explique avoir «exploré toutes les voies possibles pour sécuriser ses livraisons de glycol» mais ne pas être «parvenu à obtenir les garanties nécessaires ». La lettre conclut toutefois «qu'il est encore possible de faire face aux épisodes neigeux annoncés par Météo-France, mais, au-delà, nous risquons une rupture d'approvisionnement». «Cette lettre très administrative avait vocation à ouvrir le parapluie en cas de problème mais n'a absolument pas inquiété la DGAC ainsi que les compagnies», explique un proche du dossier.

Jeudi, à partir de 14 heures, les choses se gâtent. La capacité de dégivrage des avions passe soudainement de 35 avions par heure à 10. Plusieurs sources interrogées par Le Figaro évoquent une grève de la filiale d'ADP, Alyzia, en charge du dégivrage des avions. Une version des faits démentie par l'entreprise. Le problème serait en fait lié au déneigement des aires de dégivrage. Un accident le matin à bord d'un tracteur a sensibilisé le personnel d'Alyzia qui exige un déneigement de ses aires d'intervention. Deux des quatre aires sont déneigées en début d'après-midi. Cette opération suspend le dégivrage des aéronefs durant deux heures. Les deux autres aires sont oubliées et déneigées seulement en fin de journée, provoquant de nouvelles perturbations.

«ADP joue sur les mots, explique un proche du dossier. Les salariés d'Alyzia ont invoqué leur droit de retrait. Il s'agit bien d'un mouvement social.» Les pilotes d'Air France apprennent dans les cockpits, avec leurs passagers à l'arrière, que le dégivrage des avions est retardé. Plusieurs dizaines d'avions restent bloqués sur le tarmac. Jean-Cyril Spinetta, le président du directoire d'Air France, reste bloqué dans son avion de 16 à 21 heures.

Toujours le jeudi, à 22 heures, une «audioconférence» de crise est organisée entre ADP, la DGAC et l'ensemble des compagnies qui opèrent à Roissy. C'est à ce moment-là que Pierre Graff annonce pour la première fois une pénurie de glycol. «Nous avons été mis devant le fait accompli, dénonce un cadre de la DGAC, nous n'avions pas été alertés.» Cette annonce tardive contraint Air France à annuler «à chaud», c'est-à-dire sans prévenir ses clients, 98 vols de soirée. 48 appareils de la compagnie ont déjà quitté leur park

Marché tendu


La veille, Pierre Graff, le PDG d'ADP, a prévenu Nathalie Kosciusko-Morizet d'un risque de pénurie de glycol, le produit utilisé pour dégivrer les avions avant leur décollage. L'entreprise ne reçoit plus assez de produit pour résorber la baisse inexorable de ses stocks. Ses contrats lui garantissent pourtant un réapprovisionnement à hauteur de 88.000 litres par jour (de quoi dégivrer 180 avions) sous peine de lourdes pénalités. Les professionnels du secteur évoquent un marché tendu et une demande inédite de glycol. Il est également possible que ces derniers ne se soient pas précipités pour vendre du produit dans un contexte de spéculation. La hausse des cours ainsi que des prix fixés contractuellement en début d'année ont fait fondre comme neige au soleil les marges sur le glycol.

Dans la lettre adressée au ministre, dont Le Figaro s'est procuré une copie, le président d'ADP indique que la «très forte tension sur les stocks de glycol» est liée à plusieurs facteurs: «les très fortes demandes des dernières semaines ont asséché le circuit» et les stocks, «le secteur aérien n'est pas considéré comme stratégique par les producteurs» et «certaines usines ne produisent pas du fait de conflits sociaux». Pierre Graff explique avoir «exploré toutes les voies possibles pour sécuriser ses livraisons de glycol» mais ne pas être «parvenu à obtenir les garanties nécessaires ». La lettre conclut toutefois «qu'il est encore possible de faire face aux épisodes neigeux annoncés par Météo-France, mais, au-delà, nous risquons une rupture d'approvisionnement». «Cette lettre très administrative avait vocation à ouvrir le parapluie en cas de problème mais n'a absolument pas inquiété la DGAC ainsi que les compagnies», explique un proche du dossier.

Jeudi, à partir de 14 heures, les choses se gâtent. La capacité de dégivrage des avions passe soudainement de 35 avions par heure à 10. Plusieurs sources interrogées par Le Figaro évoquent une grève de la filiale d'ADP, Alyzia, en charge du dégivrage des avions. Une version des faits démentie par l'entreprise. Le problème serait en fait lié au déneigement des aires de dégivrage. Un accident le matin à bord d'un tracteur a sensibilisé le personnel d'Alyzia qui exige un déneigement de ses aires d'intervention. Deux des quatre aires sont déneigées en début d'après-midi. Cette opération suspend le dégivrage des aéronefs durant deux heures. Les deux autres aires sont oubliées et déneigées seulement en fin de journée, provoquant de nouvelles perturbations.

«ADP joue sur les mots, explique un proche du dossier. Les salariés d'Alyzia ont invoqué leur droit de retrait. Il s'agit bien d'un mouvement social.» Les pilotes d'Air France apprennent dans les cockpits, avec leurs passagers à l'arrière, que le dégivrage des avions est retardé. Plusieurs dizaines d'avions restent bloqués sur le tarmac. Jean-Cyril Spinetta, le président du directoire d'Air France, reste bloqué dans son avion de 16 à 21 heures.

Toujours le jeudi, à 22 heures, une «audioconférence» de crise est organisée entre ADP, la DGAC et l'ensemble des compagnies qui opèrent à Roissy. C'est à ce moment-là que Pierre Graff annonce pour la première fois une pénurie de glycol. «Nous avons été mis devant le fait accompli, dénonce un cadre de la DGAC, nous n'avions pas été alertés.» Cette annonce tardive contraint Air France à annuler «à chaud», c'est-à-dire sans prévenir ses clients, 98 vols de soirée. 48 appareils de la compagnie ont déjà quitté leur parking avec des passagers à leur bord. Ils attendent plusieurs heures avant de revenir à leur point d'embarquement. « Une annonce de pénurie quelques heures plus tôt nous aurait permis d'annuler nos vols de la tranche 17 heures-21 heures, explique un cadre d'Air France. Nous n'avons pas pu informer nos passagers et avons eu à subir leur colère.»

La compagnie dénombre deux agents victimes de la violence de passagers exaspérés. 2000 personnes doivent passer la nuit à Roissy. Le lendemain, le vendredi 24, marque un début de retour à la normale sur les pistes. Les avions sont déneigés grâce à du glycol importé par le fournisseur Clariant d'un site aux États-Unis. Le trafic repart progressivement. ADP dément aujourd'hui le terme de «rupture de stock». Il restait 100.000 litres sur 900.000, de quoi dégivrer encore 200 avions. Le rapport d'enquête devra déterminer les responsabilités et le ministre définir d'éventuelles sanctions. L'État possède encore 52,4 du capital d'ADP.

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